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« Sans-abri » : vies de rue, envie d'en sortir
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Paris, Tarn-et-Garonne, France entière

« Sans-abri » : vies de rue, envie d'en sortir

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La rue, souvent, on ne s’attendait pas à y tomber, et on ne sait pas quand on réussira à s’en extraire. C’est ce que racontent, à Paris et à Toulouse, Mallory, Jamal et Sébastien. Trois histoires, trois regards, un même espoir : celui de rebondir.

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Paris, mardi 3 décembre, 10h30

Un homme quitte silencieusement l’église Notre-Dame-de-Clignancourt, dans le nord de Paris. Vêtu d’une ample parka marron et d’un jean trop large, une écharpe autour du cou et un sac-à-dos noir sur les épaules, il pousse discrètement la porte battante de l’édifice, descend les quelques marches du parvis, puis enfile son bonnet gris et s’enfonce dans le tumulte de la place Jules-Joffrin.

Mallory était venu assister à la cérémonie religieuse célébrée en mémoire de Christelle, 49 ans, morte dix jours auparavant dans la rue. Il marche sur le trottoir, un peu sonné par les mots que vient de prononcer le fils de la défunte. Le jeune homme d’une trentaine d’années avait coupé les ponts avec sa mère. Cela faisait onze ans qu’il ne l’avait pas vue.

Âgé de 50 ans, à la rue depuis deux ans, Mallory a lui aussi rompu les liens familiaux. Depuis quand ? Pour quelles raisons ? Il ne souhaite pas s’étendre. Il dit juste, évoquant sa situation : « Vis-à-vis de la famille, ça gêne un peu. »

 

Mallory


Christelle, Mallory la connaissait. « C’était un boucan », dit-il avec une pointe d’affection. « Quand elle buvait, elle pouvait gueuler. Mais je pense que les gens l’aimaient bien. » En face de l’église, accrochés sur la grille en fer forgé de la mairie d’arrondissement, des dizaines de bouquets de fleurs ont été déposés par des riverains anonymes. Malgré l’installation des sapins de Noël, les employés municipaux ont conservé cette stèle improvisée.

Cela faisait des années que Christelle dormait, dans un recoin, au pied de la façade de l’imposant bâtiment du XIXe siècle. Elle avait fini par faire partie du paysage. « Les gens passaient souvent sans trop faire attention. Mais c’est sûr, son décès a choqué. Qu’une personne puisse mourir au pied de la mairie, beaucoup de gens n’ont pas compris. » Mallory a entendu dire que certains habitants avaient interpellé l’équipe municipale. « Après, tu sais, peut-être qu’on lui a proposé des solutions d’hébergement et qu’elle n’a pas voulu, commente-t-il. Je ne sais pas, je n’étais pas tout le temps avec elle. » 

Qu’une personne puisse mourir au pied de la mairie, beaucoup de gens n’ont pas compris.


Cette émotion soudaine, s’il la comprend, le laisse un peu perplexe. Tout comme la sollicitude nouvelle dont font preuve les passants à son égard depuis quelques jours. « Certains m’adressent la parole, me demandent comment ça va, m’apportent un café ou une couverture. Cela arrive qu’on me donne 5 ou 10 euros alors que je n‘ai rien demandé. Ce doit être l’arrivée du froid ou des fêtes. »

Le froid est particulièrement rude en cette matinée. La température a chuté pendant la nuit. « J’ai mal dormi », confie Mallory, qui s’était abrité sous un porche du 17e arrondissement. Quand il ne dort pas là, il s’installe souvent dans l’entrée d’un immeuble de la rue Saint-Honoré, près du Louvre. « J’aime bien casser un peu la routine, dit-il. Ce ne sont pas les mêmes quartiers, l'un résidentiel, l'autre touristique, et du coup pas les mêmes personnes. » 

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La routine de Mallory

Lever à 7h, quand il n’a pas été délogé plus tôt. S’ensuit une douche aux bains publics. Puis il « enquille » les associations. D’abord l’accueil du Secours Catholique dans le 17e, pour le petit-déjeuner. « Après, tu penses déjà pour manger le midi. » 
La plupart du temps, il se rend au 56 rue Hermel, à côté de l’église Notre-Dame-de-Clignancourt, où deux associations proposent à tour de rôle, pendant la semaine, des repas chauds. Sauf le mercredi midi, car ce jour-là, « la plupart des bénévoles s’occupent de leurs petits-enfants », explique Mallory. Il faut alors faire des kilomètres vers le sud pour trouver un lieu ouvert.
L’après-midi, après 13h, c’est le vide. « Tu tournes en rond. » Arpenter les rues pour se réchauffer, se poser dans un square pour passer le temps, passer au lavomatique pour faire une lessive « quand tu as un peu d’argent  ». Au début, « si tu n’as pas un trop gros sac, tu vas aller dans les bibliothèques », mais au bout d’un moment l’artifice ne tient plus, et resurgit alors la réalité crue de l’oisiveté.
Il lui arrive de faire la manche en fin de journée, au moment où « les gens sortent du boulot ou rejoignent des amis pour prendre un verre. Ils sont moins pressés, plus ouverts ».
Puis à nouveau l’heure du repas. Le soir, « il n’y a pas grand-chose, à part de grosses structures comme les Restos du coeur, raconte Mallory. Ils n’ont pas vraiment de place, donc si tu n’es pas handicapé ou âgé, tu manges dehors ». Et enfin dormir.
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Au 56 rue Hermel - Ici, il y a aussi des gens qui font tout pour garder leur logement
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Cette nuit, vu la température et le rhume qui le guette, Mallory pense se réfugier dans un parking. Ce n’est pas l’idéal. Cela l’oblige à attendre jusqu’à 22 h que le gardien fasse sa ronde. Et une fois installé, il peut se faire dégager à tout moment. Mais c’est la seule solution qu’il a trouvée pour dormir au chaud.

Les hébergements d’urgence ? « Le 115 est saturé », souligne-t-il. Lorsqu’il fait froid, des équipes de maraude proposent parfois de l’emmener jusqu’à un foyer. Mais le temps qu’elles terminent leur tournée, il est déjà tard. « Tu te couches rarement avant minuit. Et dès 6h, c’est le branle-bas de combat si tu veux prendre une douche. L’hiver, cette solution dépanne. Et ça a dû sauver des gens », reconnaît-il, mais il préfère éviter.

Se caler dans un bus de nuit ou le métro ? Il connaît des personnes qui le font. Mais dormir assis, en pleine lumière, au milieu de tout le monde, devoir descendre au terminus pour repartir dans l’autre sens… Lui ne pourrait pas, dit-il. D’autant plus qu'on peut te faire les poches pendant ton sommeil. Il marque un temps, pensif. « L’être humain s’adapte à tout, mais moi je me vois malPeut-être que ça m’arrivera un jour, quand je n’aurai plus de repères. » 

malloy


L’incertitude quant à l’avenir ronge mentalement. « C’est pour cela que certains se réfugient dans l’alcool », observe Mallory. Lui tient bon. « J’ai de la chance, j’ai des barrières. Et j’évite les mauvaises fréquentations. » Mais il sent parfois qu’il pourrait basculer. « Souvent, tu te demandes : “Qu’est-ce que je fous là ?” Tu vois ta vie défiler. »

La sienne est en dents de scie, oscillant entre les moments de bonheur et les périodes de galère, ponctuée de passages à la rue, mais jamais aussi longs qu’aujourd’hui. Il y a encore deux ans, Mallory vivait à Asnières, sur une péniche. Il était employé depuis six ans dans une capitainerie sur la Seine. Puis son patron a perdu la concession et le nouveau gestionnaire n’a pas gardé l’ensemble des salariés.

Mallory a d’un coup perdu son boulot et son logement. Il est parti avec le maigre filet de sécurité que constituait l’allocation chômage. En fin de droits, il a mis un peu de temps à remplir les papiers pour le RSA. Il devrait bientôt le toucher. Il a aussi fait une demande de logement via le Dalo, mais n’ose pas espérer trop.

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Tu n’as pas envie que les gens te voient dans cette situation. 


Il en a marre de la rue, de la pluie, du froid l’hiver, des fortes chaleurs l’été, des nuits trop courtes, de la fatigue, du manque de repères. « Les années dehors, ça te tue à petit feu. Tu vieillis mal », observe-t-il.

Il regrette de ne pas avoir gardé contact avec des clients du port qui étaient devenus des amis. Certains auraient sans doute pu l’aider. « Mais bon, je suis passé à autre chose. C’est mon tempérament. Et puis, tu n’as pas envie que les gens te voient dans cette situation. » 

Il se dit qu’il va finir par rebondir. « Ce serait un peu triste de finir comme ça. » Ce soir, allongé dans son sac de couchage à même le sol dans un parking souterrain en plein centre de Paris, Mallory va sûrement cogiter un moment avant de s’endormir. 

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Toulouse, jeudi 5 décembre, 2h

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Sur le parking Léon-Blum, dans le nord de Toulouse, une lueur bleue perce à travers le pare-brise embué d’une Peugeot 406. Absorbé par l’écran de son téléphone, Jamal visionne son deuxième film de la soirée.

C’est sa façon à lui de se vider la tête, de ne pas ressasser sa situation, seul dans l’habitacle de sa voiture. Et si au générique de fin le sommeil ne vient toujours pas, il enchaînera avec un troisième film. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il tombe d’épuisement. Certaines nuits, cela peut durer jusqu’à 7 h du matin.  

Ce ferronnier-chaudronnier de 37 ans raconte s’être « cassé la gueule d’un coup », il y a deux ans. Après plusieurs années d’intérim, il s’était mis à son compte. « J’ai commis la bêtise de tout faire au black », confie-t-il. Dénoncé par une entreprise concurrente, il a tout perdu. Y compris sa petite amie qui l’a quitté aussitôt.

La fatigue

Dans un premier temps, il vend tous ses outils et aménage son camion de chantier pour le rendre habitable. Il s’accroche à un semblant de normalité. Jamal reprend l’intérim, continue de sortir, de rencontrer des filles.
À l’exception de deux amis, il ne dit rien à ses proches « pour que leur regard et notre relation ne changent pas ». Quand il les voit, il arrive même à oublier qu’il est à la rue.
« ​Au début, tu n’es pas fatigué, tu sors tout juste de ton appartement, tu as encore de l’énergie, tu arrives facilement à cacher ta situation. » Mais ça ne dure qu’un temps. « Peu à peu tu t’épuises, assure-t-il. Déjà tu dors mal. Tu n’arrives pas à récupérer de la fatigue accumulée. Ensuite, tu te nourris mal : tu ne manges jamais à la même heure, tu ne fais pas de vrai repas, tu manges froid, c’est toujours du pain avec ce que tu trouves. Parfois, tu es tellement préoccupé que tu oublies de te nourrir. »
En un an et demi, Jamal a perdu 15 kilos. Il nous tend son permis de conduire : cheveux courts, larges épaules, mâchoire carrée, sur la photo, on ne le reconnaît pas. Au fur et à mesure qu’il fondait, le jeune homme a perdu confiance en lui et la « niaque » qui l’animait, confie-t-il. Il n’arrive plus à draguer.
Au travail, il a fini par ne plus faire illusion. « Tu ne dis pas que tu es à la rue, pour ne pas être catalogué comme un mec pas fiable qui risque d’arriver en retard, d’être fatigué, de planter tout le monde… Pour qu’on n’arrête pas de t’appeler. Du coup, mon chef croyait que je sortais toute la nuit. Ça ne faisait pas sérieux. »
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Travailler quand on est à la rue - Au bout d'un moment, le contrat n'est pas renouvelé
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Depuis cet été, Jamal a complètement cessé de travailler pour se consacrer à ses différentes démarches visant à obtenir le RSA et à accéder à une formation en dessin industriel. Il est aussi engagé bénévolement.

En ce début de soirée du 5 décembre, à l’Ostalada, l’accueil de jour du Secours Catholique, dans le centre de Toulouse, le jeune homme charge un gros thermos de café et des couvertures dans la camionnette blanche de l’association. Il s’apprête à faire la tournée des personnes qui dorment dehors. « Il devrait y avoir moins de monde, ce soir, pense-t-il. Le 5 du mois, beaucoup profitent d’avoir touché le RSA pour réserver une ou deux nuits d’hôtel afin de recharger les batteries. » 

l’Ostalada, l’accueil de jour du Secours Catholique


Il croise les doigts pour ne jamais se retrouver dans cette situation. Au printemps 2018, l’enlèvement par la fourrière de son camion, considéré “véhicule tampon”, l’a relégué dans sa 406 coupé, son dernier refuge. « Le problème, c’est que je n’ai pas de quoi l’assurer ni mettre de l’essence pour la déplacer », s’inquiète-t-il. L’histoire pourrait se répéter.

Jamal espère avoir retrouvé un toit avant. Il a cherché pendant un temps mais, « jamais prioritaire », il a laissé tomber. « Dès que je touche le RSA, je m’y remets, promet-il. Et quand j’aurai un appart ou un studio, je pourrai enfin me reposer. » Jamal rêve de reprendre ses 15 kilos. 

Avant de se mettre en route, le jeune homme rentre l’itinéraire de la tournée dans le GPS de son smartphone. « Certaines personnes sont choquées de voir un SDF avec un téléphone, et encore plus avec Internet, dit-il. Ce qu’elles ne comprennent pas, c’est que pour nous ce n’est pas du gaspillage mais un investissement. C’est notamment indispensable pour ne pas être complètement déconnectés de nos proches et de la société. »

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Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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Toulouse, vendredi 6 décembre, 15h

Dans la cuisine de l’appartement qu’il partage rue de Périole, près de la gare Matabiau, à Toulouse, Sébastien rince trois tasses à café. Depuis qu’il est rentré, il ne s’est pas départi de son imperméable bleu marine. « Je ne l’enlève que dans ma chambre », explique-t-il.

Installé depuis quinze jours dans cet appartement, mis à sa disposition par le Secours Catholique, il a besoin d’un peu de temps pour prendre ses marques. La première semaine, il n’a pas déballé ses affaires. « Je n’étais pas sûr de rester », confie-t-il.

Sébastien sort d’une période d’un an et demi dans la rue. « Ça peut paraître peu, mais ça casse quand même. Tu perds la notion du temps. » Il a entendu parler de personnes sans abri qui, après avoir réintégré un logement, dormaient par terre, à côté de leur lit. « La rue les a flinguées. »

 

Sebastien


Il se souvient de « la claque » prise le jour où il s’est retrouvé brutalement sur le trottoir avec toutes ses affaires. C’était en mars 2018. Il n’avait jamais imaginé que cela pourrait lui arriver.

Un an auparavant, un mal-être au travail et des problèmes plus personnels l’avaient amené à quitter le poste de serveur qu’il occupait depuis cinq ans dans une brasserie du centre-ville. « J’ai fait une petite dépression », dit-il. À cette époque, il lâche prise, se referme sur lui-même, n’ouvre plus son courrier, ne paie plus son loyer. Et finit par se faire expulser.

Il découvre alors « l’univers de la rue, avec les assos, les repas aux Restos du cœur… » Un monde sur lequel il avait beaucoup de préjugés – la violence, le vol, le manque d’hygiène – et qui lui apparaît bien plus nuancé.

Le regard des autres

Il vit mal les regards : « C’était le plus dur. » Son sac-à-dos de 50 litres le trahit instantanément, stigmate de sa galère. « Avec ça, je ne pouvais plus voir mes anciens collègues. Ils auraient tout de suite grillé. Il est aussi arrivé qu’on me refuse l’accès à certains endroits, des bars par exemple. » 

Lors des manifestations des Gilets jaunes, Sébastien se retrouve dans le collimateur de policiers en civil, victime collatérale de la chasse aux casseurs. « Un samedi, je me suis fait contrôler à neuf reprises…, relate-t-il. Alors que je ne participais même pas à la manif ! » À chaque fois, il doit vider entièrement son sac sur le trottoir : son duvet, sa lampe, ses livres, ses affaires de toilette, sa serviette de bain, ses tee-shirts, ses chaussettes, ses caleçons... Tout laisser dans un box ? Il l’a fait pendant quelques semaines. Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus payer. 

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Un besoin d'autonomie

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Plusieurs fois, on lui a proposé une place en foyer d’hébergement. Mais il a systématiquement refusé. Comme Jamal et Mallory. « Ce sont des lieux où tu es fliqué, estime Sébastien. Tu dois être rentré à 17h ou 19h. Si tu as cinq minutes de retard, on ne t’ouvre pas. C’est pour t’apprendre les règles. Tu dois raconter ta journée à un référent ou te fixer des objectifs à respecter. On a l’impression d’être considérés comme des enfants. » Quelques jours plus tôt, à Paris, Mallory a eu cette phrase à propos des foyers : « Tout semble prévu pour des publics de toxicomanes ou d’alcooliques. Quand tu n’es ni l’un ni l’autre, il n’y a rien d’adapté pour toi. »

Depuis deux semaines, Sébastien mesure le bonheur de ne plus être réveillé en pleine nuit par le froid, de ne plus avoir à se soucier, en s’endormant, que son portefeuille est bien dans la poche avant de son manteau, la fermeture éclair fermée, qu’il a bien glissé un bras dans la lanière de son sac pour sentir au cas où on voudrait le lui piquer, et que personne ne rôde autour de lui.

La stabilité qu’offre le logement donne du sens à tout le reste.


Au fur et à mesure que les jours passent, le quadragénaire a aussi de moins en moins de mal à se projeter vers l’avenir. « La stabilité qu’offre le logement donne du sens à tout le reste, observe-t-il. Quand tu es à la rue, il y a un peu un truc : “Foutu pour foutu…” Tu te sens tellement à la marge que faire les demandes de RSA, de CMU-C, etc., te paraît absurde. Tu n’as même pas d’endroit où mettre tes papiers en sécurité. » 

Sébastien s’est promis de s’en occuper dès la fin des fêtes. Il recherchera ensuite un emploi. Et enfin, un appartement. Étape ultime, selon lui, pour « redevenir une personne comme tout le monde ».

En attendant, assis sur un banc du parc Compans-Caffarelli, dans le centre de Toulouse, débarrassé de son gros sac-à-dos, Sébastien savoure l’indifférence des passants.

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En attendant, assis sur un banc du parc Compans-Caffarelli, dans le centre de Toulouse, débarrassé de son gros sac-à-dos, Sébastien savoure l’indifférence des passants.
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Pour une politique du « logement d’abord »

 

« Le système actuel est régi par une croyance de longue date selon laquelle une personne qui a un parcours d’errance ne serait pas apte à réintégrer directement un logement », regrette-t-on au département « De la rue au logement » du Secours Catholique. « Il faut qu’elle donne auparavant un certain nombre de garanties pour qu’on soit sûr qu’elle est capable d’être autonome : de payer son loyer, d’entretenir son logement, d’avoir de bonnes relations avec son voisinage. » 

La personne doit donc gravir les marches d’un parcours en escalier : hébergement d’urgence puis hébergement d’insertion. Avec le risque, souligne l'association, de rester bloquée dans ces dispositifs d’hébergement qui sont inadaptés au long terme et maintiennent dans une certaine forme de précarité.

C’est pourquoi le Secours Catholique soutient la politique du « logement d’abord ». Premièrement, parce que l'association constate que de nombreuses personnes à la rue sont tout à fait aptes à réintégrer directement un logement autonome, avec éventuellement, pour certaines, la nécessité d’un accompagnement pluridimensionnel. Ensuite, parce que le logement offre aux personnes la stabilité indispensable pour se remobiliser et se projeter vers l’avenir. « Donc, pour celles qui le peuvent, autant leur faire gagner du temps. Par ailleurs, cela libérerait des places pour ceux qui en ont vraiment besoin dans les dispositifs d’hébergement qui sont saturés. »

L’idée n’est pas de supprimer ce qui existe, souligne-t-on au Secours Catholique, mais d’ouvrir de nouvelles opportunités et de fluidifier les parcours, en tenant compte des différences de profils et de besoins.
Auteur et crédits
Crédit : Benjamin Sèze, journaliste. Crédits photos : ©Xavier Schwebel / Secours Catholique ; ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique