Délégationdes Yvelines

À Versailles, au camp des Matelots

Accueil des migrants dans l’urgence

Avec Cités Caritas

Le Secours Catholique des Yvelines et Cités Caritas en parant à l’urgence ont organisé avec l’aide des paroisses et de réfugiés tibétains, l’accueil de cent cinquante migrants au centre d’hébergement d’urgence des Matelots.

Accueil des migrants dans l'urgence

publié en février 2021

« Le 17 novembre dernier, en plein re-confinement, on a eu seulement cinq jours pour accueillir cent cinquante migrants suite au démantèlement des camps de la porte de la Chapelle et de la place de la République », racontent Sabrina et Sarah, responsables de l’accueil du Centre d’hébergement d’urgence des Matelots. « Trouver des lits, les monter, installer les sanitaires, récolter des vêtements ou des couvertures, il y avait tout à faire. Nous avons été très largement aidés par les réfugiés tibétains que nous avions accueillis l’année dernière dans les locaux voisins ». Les paroisses des Yvelines ainsi que les salariés du diocèse ont également contribué à la collecte de vêtements chauds (Opération chaussettes) https://www.catholique78.fr/2020/12... Employées par la société IKKI Sécurité, les deux hôtesses d’accueil ont été formées au métier de travailleuses sociales pour faire face à la situation. Elles sont épaulées dans leur tâche par deux ou trois agents de sécurité qui se succèdent de jour comme de nuit. Leur responsable Anne-Lise Lelong, de Cités Caritas, une filiale du Secours Catholique, leur fait totalement confiance. Mandatée par la DDCS (direction départementale de la Cohésion sociale), l’association, a pris en main la direction du centre d’hébergement d’urgence (CHU), à la suite de la Croix-Rouge. « Ce n’est pas par hasard que nous avons été choisis » commente Anne-Lise. « Nous gérons sur place depuis 2003 le CHRS (centre d’urgence et de réinsertion sociale), destiné aux personnes sans domicile fixe et depuis un mois une halte de nuit pour les grands exclus, qui nous sont amenés par la Maraude ou par le centre 115. » À l’automne 2019, Cités Caritas a fait également l’expérience d’accueillir dans l’urgence une cinquantaine de réfugiés tibétains. Certains étaient encore là, le 17 novembre dernier, et leur nombre s’est rajouté aux cent trente-deux réfugiés, pour la plupart Afghans, qui doivent être nourris, logés, et accompagnés dans leur vie quotidienne et leurs démarches administratives, avant d’être orientés vers des structures plus adaptées. C’est une première étape dans un processus qui se veut durable. « Au début, se souvient Sabrina, ils étaient très fermés et méfiants. L’expérience de semaines de vie dans la rue et de l’expulsion par la police les avait marqués. Progressivement le fait d’être à l’abri, nourris, vêtus, logés, même dans des conditions précaires, les a rassurés ». Par leur douceur, leur écoute, leur humour également, les deux jeunes femmes appelées « les petites sœurs » ont su apprivoiser ces hommes jeunes pour la plupart mais déjà durcis par l’existence. «  Ils ont traversé des épreuves terribles pour parvenir jusqu’en France  », confie Sabrina. « Avant de les accompagner à la préfecture, nous recueillons par écrit, avec l’aide d’un interprète, leurs récits de vie. Cela va au-delà de ce qu’on peut imaginer ! » Patiemment, elles les aident dans leurs premières démarches administratives comme l’ouverture de leurs droits, leurs rendez-vous à la préfecture ou au centre de l’Assurance maladie. À leur arrivée, elles ont du faire appel aux Médecins de Rue pour des traitements contre la gale ou autres maladies.

Le soutien des bénévoles du Secours Catholique

Pour répondre à leur demande la plus urgente, à savoir apprendre notre langue, des cours de Français sont dispensés les mardis, jeudis et samedi matin par des bénévoles du Secours Catholique. Lise, Gui-Serge et Manel se regroupent ces jours-là dans une salle de convivialité avec un groupe de cinq ou six élèves chacun. Transmettre les rudiments de notre langue à des jeunes hommes qui pour la plupart ne savent ni lire ni écrire dans la leur n’est pas chose aisée. Sans compter que peu d’entre eux se débrouillent en anglais. Alors les bénévoles improvisent avec les gestes, le recours aux images. « On pare au plus urgent, à savoir leur apprendre le B.A.B.A pour demander leur chemin dans la rue, lire un panneau, avoir une conversation minimum. », commente Lise. «  D’autant que la plupart des personnes accueillies ne restent pas plus de quelques semaines, le temps d’être transférées vers une structure plus adaptée  », rajoute Manel. Parer à l’urgence, c’est le leitmotiv dans le centre. Les cours de français ont au moins l’avantage d’occuper les jeunes hommes durant des journées qui peuvent sembler très longues. «  Les démarches administratives ne prennent pas toute la journée », explique Sabrina. « Pour leur éviter de trop s’angoisser durant cette période de changements et d’incertitude, on organise des activités sportives dans la cour avec les agents de sécurité, qui se transforment en moniteurs sportifs pour l’occasion. » Les bénévoles de l’accueil de jour du Secours Catholique se sont déplacés sur place plusieurs vendredis, à l’heure des repas, pour animer des temps de convivialité. Josué, musicien congolais, lui-même sans abri, a apporté sa guitare et fait chanter le groupe. Anne-Lise Lelong se réjouit de cette précieuse collaboration avec leur association « mère ». L’Association des cités du Secours Catholique, aujourd’hui Cités Caritas, a été créée en 1989 par le Secours Catholique pour doter les cités d’une autonomie de gestion adaptée aux financements publics et au statut professionnel de la grande majorité des intervenants, tout en veillant à associer des bénévoles dans l’accueil des personnes. L’association développe ses activités, en étroite coopération avec les partenaires institutionnels, en proposant des réponses aux nouveaux besoins sociaux. « Dès le début, les responsables de la délégation des Yvelines et plus particulièrement du territoire de Versailles sont venus pour identifier nos besoins : cours de français, temps de convivialité, vestiaire. On essaie avec eux de répondre à l’urgence  », commente la responsable du CHU. Une association qui n’est pas près de cesser car Cités Caritas gère, en plus du centre d’hébergement d’urgence, un CHRS un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) qui accueille de quarante à soixante-dix personnes sans domicile fixe ainsi qu’une halte de nuit, ouverte il y a quelques semaines pour accueillir environ vingt-cinq sans-abris envoyés par la Maraude ou le centre 115.

Petite histoire du camp des Matelots-Mortemets

Le camp des Matelots a été créé en 1889 à la sortie de Versailles, en direction de Saint-Cyr, pour accueillir le Génie ferroviaire : pose et réparation de voies ferrées en temps de conflits, et capacité de mise en place rapide des ponts provisoires pour que le train passe en dépit des destructions.

Pourquoi s’appelle-t-il camp des Matelots ? Parce qu’il abritait, sous l’Ancien Régime, les marins qui assuraient les spectacles d’eau au château de Versailles adjacent — et on imagine qu’ils étaient nombreux ! Jusqu’en 2010, le cinquième régiment du Génie a assuré toutes ces missions à Versailles et, avec la réforme des armées de 2008, ses missions ferroviaires ont été transférées au dix-neuvième régiment du Génie, lui-même créé au XIXe siècle — l’action se poursuit, mais ailleurs ! Le camp des Matelots-Mortemets a été cédé à la ville de Versailles qui a transformé ses bâtiments en locaux techniques et pour les associations.

Les locaux sont aujourd’hui confiés à des associations caritatives (hier la Croix-Rouge, aujourd’hui Cités Caritas) pour accueillir en urgence des migrants.

Catherine Regnier, équipe Communication Yvelines

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