Délégationdes Yvelines

De la rue au logement

Parcours d’une vie

Dolorès témoigne de vingt ans de galère et d’efforts avec son mari et ses enfants pour trouver un logement stable.

Parcours d'une vie

publié en juin 2018

Je veux dire à ceux qui sont sans domicile fixe, SDF, qu’on peut s’en sortir. C’est ce que j’ai vécu. Maintenant que je suis dans une situation de logement bien stabilisée, je me sens capable et désire témoigner. Je veux donner courage à ceux qui sont en galère et dire à ceux qui les aident ce qui est important et ce qui est blessant.

« Mon histoire va de la rue au logement »

Je me suis retrouvée à la rue à 22 ans, en 1993 ; après une violente dispute, ma mère alcoolique m’avait mise dehors. J’ai alors connu les copains de la rue, les logements dans les hôtels sociaux. C’est là que j’ai connu Olivier avec qui je vis toujours. À l’époque il buvait et me frappait quand il était saoul. En 1995, j’ai porté plainte et il est parti en prison. Mais je ne l’ai pas lâché ; je l’ai soutenu par mes visites, il s’est soigné et, depuis, il ne boit plus. De la trentaine de copains de l’époque, c’est le seul qui a arrêté de boire et c’est le seul vivant.

Pendant qu’il était en prison, la vie était très difficile ; j’ai trouvé refuge dans un studio, prêté mais insalubre… Courant 1997, j’ai bénéficié d’un petit logement passerelle. En 1998, nous avons commencé une vraie vie de famille. Olivier était juste sorti de prison et avait un travail.

En 2000, nous nous sommes mariés. Notre logement précaire était un gros problème. L’aide pour ce logement passerelle s’est arrêtée, plus d’APL, et on ne nous a pas proposé d’autre logement. Nous étions dans ce logement qui était trop petit (30 m²) et trop cher (700 €/mois) sans aucune aide financière. Il a donc fallu choisir entre manger et payer le loyer. En arrêtant de payer le loyer nous sommes entrés dans l’engrenage de la procédure d’expulsion et de l’endettement.

Heureusement j’ai été soutenue par mon mari ainsi que par une travailleuse familiale très présente pour s’occuper des enfants. Le logement devenait un problème insoluble : aucune offre de nouveau logement à cause de notre dette accumulée. En 2007, le couperet tombe : nous sommes expulsés sans solution de relogement avec nos quatre enfants, alors que je suis de nouveau enceinte.

Nous avons alors squatté une maison abandonnée appartenant à la préfecture. Le plus pénible était l’absence de chauffage, surtout avec notre petite dernière qui est née dedans. Une nouvelle procédure d’expulsion est engagée contre nous. En 2008, bien conseillés, nous engageons une procédure DALO qui nous permet de répliquer à la procédure d’expulsion : l’État a une obligation de nous reloger dans les trois mois ! Nous ne sommes donc pas expulsés de notre squat et en 2009, nous sommes relogés dans un centre d’hébergement et d’accueil temporaire (CHAT).

Puis, avec l’aide efficace des assistantes sociales du centre pour la renégociation de notre dette, on nous propose enfin en octobre 2010 un logement pérenne en HLM, à Coignières, adapté à la taille de notre famille de cinq enfants. Depuis, nous habitons donc dans ce logement, une merveille après notre galère de 2000 à 2010.

Nos enfants ont toujours suivi leurs études, pour nous c’est très important ; ce n’est pas parce qu’on est dans la galère qu’on doit lâcher nos enfants. Nous sommes très fiers de leurs réussites scolaires et étudiantes ! Comme lorsque notre aînée a obtenu une bourse au mérite en 2009 !

La leçon de mon histoire, c’est qu’on peut s’en sortir. Il faut être patient car c’est long, cela peut mettre dix ans. On a besoin d’aide, il faut se faire accompagner. Seul, ce n’est pas possible ; il faut trouver les bonnes personnes, comme madame José, du Secours Catholique. Quand on est en galère, on a besoin d’être pris par la main comme un gamin. On a besoin d’être accompagné pour des démarches qui vous semblent très simples comme aller à un rendez-vous… Quand une travailleuse sociale m’a sortie de chez moi un après-midi avec mes petits pour aller dans le parc du toit de la gare Montparnasse, à Paris, cela m’a fait un bien fou.

À l’opposé, certaines remarques sont très blessantes comme : « dans votre situation, on ne fait pas d’enfants », ou « quand on n’a pas les moyens, on n’inscrit pas sa fille en fac de médecine »… Et que dire de l’assistante sociale qui m’a retiré la garde de ma fille parce qu’elle me croyait alcoolique alors que ma marche difficile était due à un accident ! Quand on est en galère, chaque rencontre, bonne ou mauvaise, est toujours d’une très grande importance !

Dolorès

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